Pour comprendre les Principes, il faut d'abord voir ce qu'est l'autodetermination par essence, en ecartant le vocabulaire etatique apparu plus tard.
Le droit des peuples a l'autodetermination est ne de la decolonisation. Le peuple qui etait l'objet de l'empire - qu'on determinait, qu'on gouvernait, qu'on faconnait de l'exterieur - devenait sujet, auteur de son propre developpement. Les pactes internationaux mentionnent le " statut politique ", mais le poids de la norme est dans la suite : les peuples assurent librement leur developpement economique, social et culturel. Le statut politique n'est ici qu'un instrument. L'essence, c'est la qualite d'auteur de son propre etre. La racine de l'autodetermination n'est pas dans la politique, mais dans le droit d'etre l'auteur de sa propre vie, et non l'objet d'une determination par autrui.
Appliquons maintenant cette racine a la personne. En quoi la personne demeure-t-elle jusqu'ici l'objet qu'on determine de l'exterieur ?
Dans ce qu'il y a de plus fondamental. Son appartenance premiere - le " nous " auquel elle appartient, le tout dont elle fait partie - la personne la recoit a la naissance, en dehors de sa volonte, d'un pouvoir exterieur. On ne lui a pas demande son avis. On l'a rattachee. En ce point le plus profond de son existence, la personne reste un objet de determination, alors que le peuple, lui, est devenu sujet. Le peuple a conquis le droit d'etre l'auteur de son etre ; la personne ne possede pas ce droit. Voila la lacune que comblent les Principes.
Le vote ne comble pas cette lacune. Le vote est un choix a l'interieur du rattachement que la personne n'a pas choisi. Le bulletin demande qui gouvernera dans son Etat, mais ne demande jamais si elle consent a appartenir a cet Etat tout court, ni si son appartenance a l'humanite n'est pas premiere. Le bulletin presuppose le rattachement comme un fait acquis. L'autodetermination de la personne n'est pas un choix a l'interieur du rattachement, mais le droit d'etre l'auteur du rattachement lui-meme. Ce sont des categories distinctes : on peut voter toute sa vie sans etre sujet un seul instant, parce qu'on choisit a l'interieur de ce que d'autres ont choisi pour soi.
Le renversement de la primaute. De la decoule le deplacement principal qu'apportent les Principes. Aujourd'hui, la personne a une existence politique parce que l'Etat la lui a octroyee : l'Etat est premier, la personne en derive. Les Principes renversent l'ordre - c'est l'appartenance de la personne a l'humanite et a la Terre qui est reconnue comme premiere et detenue par elle-meme, tandis que l'appartenance a l'Etat devient une couche seconde, en principe conciliable. La personne est premiere, la communaute politique est derivee. Pour autant, la personne ne devient pas la source unique de son appartenance - ce serait une surevaluation, lisible comme de l'anarchisme - mais l'une des sources, aux cotes de l'Etat. C'est le monopole de l'Etat sur l'appartenance politique qui prend fin, et non l'Etat lui-meme.
La personne devient la source de son appartenance, et non la source ultime du droit. Les Principes n'introduisent pas un troisieme souverain au-dessus des Etats - ils reconnaissent une source d'appartenance de plus a cote d'eux.
Precisons d'emblee : l'appartenance premiere a l'humanite et a la Terre n'est ici ni une categorie biologique ni une categorie mystique, mais la reconnaissance juridique de la condition humaine commune. Le droit ne se deduit pas de la metaphysique ; il ne fait que reconnaitre une condition commune a tous les etres humains.