Le droit international ne s'est pas formé au milieu d'une multitude de modèles concurrents, mais à une époque où l'État était la forme la plus développée et la plus institutionnellement achevée d'organisation politique. C'est pourquoi c'est l'État qui est devenu le modèle initial de la personnalité juridique. Ce n'est pas une erreur théorique, mais le reflet d'une réalité historique.
De là, deux extrêmes sont possibles - et tous deux sont faux. Soit l'État est déclaré sujet unique et tout à fait particulier, soit tous les sujets sont mis sur le même plan. Plus exactement, une troisième voie tient : l'État n'est ni une exception ni un modèle universel, mais le premier cas historiquement pleinement développé d'un processus plus général de formation institutionnelle. Comme les vertébrés en biologie : non pas le modèle universel du vivant, sans pour autant cesser d'en être l'exemple le plus important - ayant simplement pris sa place au sein d'une théorie plus générale. Dès lors, les « exceptions » de la doctrine (organisations internationales, mouvements, peuples, l'individu, le Saint-Siège) cessent d'être des annexes accolées à un édifice et deviennent différentes formes historiques d'un seul et même processus.
Qu'est-ce qui distingue alors l'État le plus profondément ? Ni le territoire ni la souveraineté, mais le monopole de la coercition (la formule wébérienne classique). Or, à la lecture attentive, elle décrit non pas la subjectivité, mais un mode d'assurance de l'ordre normatif. Et surgit alors ce qui est peut-être la question la plus forte de tout le sujet - posée avec la plus grande prudence :
La capacité de coercition est-elle une condition nécessaire à l'émergence d'un ordre normatif stable - ou n'est-elle que l'une des technologies historiquement dominantes de son maintien ?
La thèse n'affirme pas que la coercition soit inutile. Elle refuse seulement de tenir pour prouvé qu'il n'existe pas d'autres mécanismes d'ordre stable.